Quartier des spectacles
à pied


Séminaire sur le Quartier des Spectacles (hiver 2015)

01/03/2015 - 20/04/2015

Mon investigation sensible de l’espace urbain du Quartier des Spectacles a pris acte d’un imaginaire de la ville, nourri depuis plusieurs décennies, étayé par une analogie productive entre la ville et la matrice d’ordinateur, entre l’espace urbain et l’espace cybernétique. La ville se révèle alors, dans sa représentation virtuelle, comme un réseautage, un ensemble de connexions, de branchements, d’enchevêtrements. Or, ces connexions urbaines forment ce que Christine Boyer nomme des « assemblages disjonctifs[1] » (Cybercities, 1996, 10).

Cet essai propose d’approcher l’espace urbain comme la construction d’un réseautage reliant des réalités, des manifestations disjointes, éparses, discontinues. Le Quartier des spectacles, conçu comme un lieu de réseaux culturels, promoteur des technologies numériques, remplit d’une certaine manière le rôle de matrice technique. Malgré l’ambition de ses créateurs et organisateurs d’en faire un « quartier unifié » (tout en se définissant par la diversité), cette composition urbaine au cœur du centre-ville montréalais se caractérise par une certaine hétérogénéité et constitue une zone socialement, culturellement, économiquement et politiquement conflictuelle.

Par la désynchronisation et la décontextualisation du son et de l’image, l’essai souhaite interroger l’unité apparente du réseau. La ville est le lieu d’expériences de rupture. Alors que la matière sonore est exploitée pour ses qualités de texture, de variation, de mouvement, les plans fixes marquent quant à eux des espaces en apparence immuables où peu survient.

La superposition de sons hors contextes à une juxtaposition de plans fixes permet au final de réinvestir (symboliquement) ces espaces de bruits, sons, musiques et voix du quartier habité au quotidien. En ce sens, il s’agit d’engager une méditation quant au caractère contextuel, situationnel des sens donnés à l’espace urbain, quant aux façons de l’investir, de l’habiter et d’y créer une trame, une partition sonore et visuelle, en y posant la cadence de ses paroles et de ses pas.

 

Captation sonore et visuelle, montage, colorimétrie, animation, rotoscopie, piano : Rosie Lanoue Deslandes

Mixage sonore : Erwan Geffroy et Rosie Lanoue Deslandes

Oeuvre citée en exergue : Rouge presque noire, July Giguère.

Pièce au piano, extrait de « Nous aurons », Richard Desjardins.

 

Merci à Frédéric Dallaire, Mathieu Li-Goyette et Erwan Geffroy.

 

BOYER, Christine M. Cybercities : Visual Perception in the Age of Electronic Communication, New York (NY), Princeton Architectural Press, 1996.

Programme particulier d’urbanisme : Quartier des spectacles, Montréal, 2007.

 

 


Mots-clés

Christine Boyer Disjontion grève étudiante habiter matrice récit d'espace